Thierry Lou, du site Interactive Trader, propose aux lecteurs de Top10Banques une analyse hebdomadaire de la situation des marchés financiers. Vous pouvez, en outre, retrouver sur son site, chaque jour en pré-ouverture du marché parisien, des informations concises pour vous guider dans des interventions Intraday ou Swing Trading.
Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. En effet, la dernière semaine d’octobre avait réservé d’agréables surprises pour les marchés financiers et d’une manière générale pour l’ensemble du continent européen grâce à l’accord – âprement négocié – par les européens pour le sauvetage de la zone euro.
Cet accord s’articule autour d’une décote de 50% de la dette grecque, de la recapitalisation des banques pour faire face à la crise et une augmentation du Fonds de secours européen (FESF) pour accroître significativement sa force de frappe afin d’éviter la contagion de la crise des dettes vers d’autres pays, notamment l’Italie et l’Espagne.
En début de semaine, les marchés s’orientaient tranquillement vers de simples prises de profits après un mois d’octobre particulièrement lucratif (plus de 12% de gain pour la CAC40 et le Dow Jones, indice vedette new-yorkais, à la clôture du 28 octobre) profitant des interrogations sur les modalités d’application du plan européen. Mais c’était sans compter sur le violent coup de théâtre Grec qui a brutalement surpris l’ensemble de la communauté financière.
Le Premier Ministre Grec a annoncé lundi (31 octobre) au soir que l’accord conclu avec les Européens et les banques serait soumis à référendum ces prochaines semaines ! Résultat, perplexité et consternation des marchés financiers dont les réactions ne se sont pas fait attendre. Les bancaires se sont effondrées de plus de 20% en deux séances.
La grande question qui hantait tous les esprits était de savoir quelle part de la population grecque accepterait un tel plan de rigueur ou une perte partielle de la souveraineté du pays ?
Alors que les accords étaient quasiment acquis, cette annonce inattendue a aussitôt accentué l’aversion au risque avec pour conséquence directe des dégagements massifs des valeurs bancaires. Le référendum risquait par ailleurs de compromettre les mesures accomplies pour la solvabilité de la zone euro et surtout de ses banques. Autre conséquence du référendum, les investisseurs se questionnaient quant à l’importance exacte des pertes qui devront être assumées par les institutions financières, la BCE et les partenaires européens qui ont financé le pays depuis de nombreux mois.
Que se passerait-il si le « non » l’emportait : le défaut de paiement et la faillite pourraient-ils être évités ? Dans la négative, le monde ne s’orienterait-il pas vers un risque systémique ?
Mais voilà, nouveau rebondissement en fin de semaine (jeudi), le Premier ministre grec Georges Papandréou a renoncé au référendum sur le plan européen de sauvetage. Résultat, les marchés financiers ont unanimement salué ce retour à la raison largement motivé par les nombreuses contestations politiques du pays, jusque dans les rangs de son Parti socialiste. Le CAC40 qui avait ouvert en baisse (-2,5%) s’est retrouvé propulsé à +3,5% en séance, soit une amplitude de mouvement de 6% ! Etonnant.
(Graphe d’évolution de l’indice CAC40)
Au delà de toute considération, la question à court terme est de savoir si la Grèce pourra surmonter ces prochaines semaines une crise de liquidités si l’Europe ne lui débloque pas la nouvelle tranche d’aide prévue ces prochains jours car dans cette hypothèse le pays ne pourrait pas honorer ses engagements obligataires et donc être en défaut de paiement. Situation qui pourrait fragiliser les banques européennes les plus exposées. La Grèce a près de 350 milliards d’euros de dettes.
Bref, la crise de l’euro ne semble visiblement pas s’estomper dans l’immédiat. Rappelons que la crise européenne vient de faire une première victime d’importance : la chute du courtier américain MF Global dont les encours relatifs aux dettes européennes devenaient tout simplement insupportables.
De fait, la fébrilité des marchés est montée d’un cran avant les nombreuses publications des comptes trimestriels des grandes banques françaises la semaine prochaine. Les résultats issus des activités de marché, les coûts de refinancement et les mesures envisagées par les banques pour renforcer leur solidité financière face à la crise seront particulièrement scrutés par les investisseurs.
Autres éléments d’inquiétude : le ralentissement de la croissance mondiale. L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) qui compte 34 pays membres a rabaissé drastiquement ses prévisions de croissance 2012 pour l’Europe et les Etats-Unis. L’institution estime dorénavant une croissance de 0,3% pour le vieux continent contre 2% en mai ! et de 1,8% pour les US contre 3,1% en mai.
En outre, les indicateurs économiques du vieux continent ne suggèrent pas de reprise économique rapide, mais plutôt l’inverse. Et, malgré la bonne tenue des indicateurs économiques américains (consommation des ménages, indicateurs avancés censés préfigurer l’évolution économique à venir, production en hausse, emplois, etc.), les investisseurs ont manifesté leurs inquiétudes face aux dernières publications chinoises qui font état d’un ralentissement des activités manufacturières du pays. En effet, l’indice des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier en Chine a déçu en octobre. Il est ressorti à 50,4 (un indice inférieur à 50 indique une contraction du secteur), contre 51,2 en septembre et un consensus de 51,6, ce qui secoue à nouveau le spectre du ralentissement de la seconde économie mondiale.
Bref, sévère revers de médaille cette semaine pour les investisseurs à moyen ou long terme qui se sont renforcés sur les marchés anticipant une accélération des indices. Mais le feuilleton n’est pas terminé, l’histoire continue de s’écrire…
Thierry Lou











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